Mithrowen

On oublie parfois que le mot « sexisme » n’a pas toujours existé. Un petit livre offre la retranscription du premier discours où il a été employé.

Comment parler d’un océan, si on ne sait pas le nommer ? On peut parler de sa couleur, de sa taille, de sa profondeur, mais il faudra le décrire entièrement et précisément pour le différencier d’une mer, par exemple. Alors que si l’on connait le mot océan, on saura tout de suite de quoi on parle. Le problème est identique pour le sexisme. Comment parler d’un phénomène qui n’a pas de nom ?

Résumé du livre:

Pauline Leet Pittenger travaille dans un college privé de Pennsylvanie. Responsable des programmes spéciaux pour élèves de milieux défavorisés, on lui propose de participer à une série de conférences mensuelles. Elle va alors aborder un thème et un mot novateur: le sexisme.

Avis :

 

Le discours de Pauline Leet Pittenger se fait dans le contexte des années 1960, dans un private college non-mixte. Son auteure attaque son discours en expliquant aux jeunes hommes présents dans la salle que la non-mixité de leur école est un préjudice qui leur est fait, car toute leur jeunesse ils n’auront vu que le côté masculin du monde. Effectivement, durant leur études, ils n’auront fréquenté que leurs camarades masculins, auront suivi un enseignement très majoritairement masculin et étudié des textes masculins en grande majorité. Mais ce texte, sorti de son contexte et malgré ses 50 printemps, est-il toujours pertinent? La réponse est oui, totalement.

Tout d’abord, parce que ce discours est dit avec une bonne dose d’humour et d’ironie. Il n’est jamais moraliste, ni agressif, il cherche à faire réfléchir ses auditeurs, pas à les accuser.

Ensuite, parce qu’il pourrait servir d’«introduction au féminisme pour les nuls». Il arrive effectivement à expliquer de manière très simple les mécanismes de la discrimination avec des exemples compréhensibles par tous, notamment en faisant des analogies avec le racisme ou en expliquant pourquoi l’anthologie de poésie qu’étudient les élèves est presque exclusivement remplie de poètes masculins (et non, la réponse «il y a peu de grandes poétesses», n’est pas valable).

Pour conclure, quelques citations édifiantes:

«Plus on fréquente de membres d’un autre groupe dans la plus grande variété possible de situations, plus il devient difficile de les instrumentaliser, d’une part, et facile de les voir comme des personnes, d’autre part.»

«Le point de vue féminin n’existe pas. Il y a autant de points de vue que de femmes.»

En résumé, un tout petit livre qui contient du très lourd. Parfait pour une introduction au féminisme.

La dent dure